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n°7267 du 08 au 14 décembre 2008

Raymond KneipL’ornement contre le tempsL’ornemaniste métallique en couverture de Massiges (Marne) vient de réaliser trois épis de faîtage (3,60 m de haut et 285 kg) pour le château de Lunéville (Lorraine). Il a présenté son oeuvre au concours SEMA et vient d’obtenir le prix régional.
1951 Naissance à Massiges le 30 septembre. 1968 Il obtient deux CAP : plombier et chauffagiste. 1973 Démarre son entreprise à Massiges en tant que plombier chauffagiste. Il se formera ensuite à l’ornement. 1989 Meilleur ouvrier de France ornemaniste métallique en couverture. 2008 Gagne le prix régional SEMA avec un épi de faîtage, destiné au Château de Lunéville. Raymond Kneip maîtrise son art, et pourtant, il assure « continuer à apprendre tous les jours tant le métier est vaste ». Ornemaniste métallique en couverture à Massiges depuis 25 ans, il restaure des bâtiments historiques en reproduisant girouettes, coqs de clocher, oeil-de-boeuf, etc. À son actif, il compte notamment des ailes d’ange du château de Chantilly, un pot à feu et des balustres pour le musée de Châlons-en- Champagne ou encore des éléments en zinc pour la faisanderie du Jardin des plantes à Paris. Le point commun entre ces pièces ? l’amour du travail bien fait. « Je trouve cela aberrant quand on me demande pourquoi je m’applique autant pour une girouette située à 30 m de haut. Les gens perdent la notion du travail bien fait. Et si l’on regarde attentivement on distingue les oeuvres », déclare l’artisan pour qui la différence avec l’artiste est inexistante. À présent, il peut ajouter de nouvelles oeuvres d’envergure à sa collection : des épis de faîtage (en photo), composés de six éléments différents en plomb et inox, destiné à la restauration du château de Lunéville (Lorraine). Il a d’ailleurs présenté cette réalisation au concours SEMA (société d’encouragement aux métiers d’art) dont il a remporté le prix départemental et régional jeudi 27 novembre. Sachant qu’il avait déjà obtenu le prix régional en 2002. Le tout représente six mois de travail et va « faire revivre le château comme il était avant l’incendie de 2003 ». Ce travail colossal (3,60 m de haut et 285 kg), Raymond Kneip l’a réalisé quatre fois. Trois exemplaires pour Lunéville et un autre… pour lui-même. Car si sa spécialité est rare, il entend bien la sauvegarder et la mettre en valeur. UN MUSÉE AVEC SES OEUVRES À MASSIGES« Je veux laisser une trace, alors j’ai commencé la construction d’un musée à côté de chez moi il y a dix ans », raconte l’artisan. Le projet ne date donc pas d’hier et devrait être opérationnel peu de temps après la retraite de son créateur dans trois ans. Depuis 1998, il a récupéré des briques, poutres et autres matériaux, et a commencé la construction seul, chaque weekend. Seulement aidé parfois, comme lors du déplacement du toit parapluie qui protège le chantier et qui nécessite 80 personnes. Construire le musée prend du temps, mais il faut dire aussi que Raymond Kneip prend le sien, en soignant sa création. Le personnage, on se doute n’allait pas se contenter d’un préfabriqué. Les deux bâtiments de 175 m2 sont donc aussi chouchoutés que les oeuvres qu’ils vont accueillir. Et comme pour elles, il a gardé des traces en photographies de tout ce qu’il a accompli. Rien n’est laissé au hasard et tout a un sens. Décorations sur les briques, frises, et bien sûr girouette, sont autant de signes qui n’ont pas seulement un aspect décoratif, mais qui possèdent une réelle signification pour leur auteur. Le visiteur qui viendrait seulement observer les oeuvres sans prendre le temps de regarder le musée en lui-même perdrait donc une partie du message de l’artiste. Ce projet, Raymond Kneip n’en espère rien, à part « se faire plaisir » et peut-être pouvoir montrer aux jeunes son métier à l’image des huit apprentis qu’il a formés. Il va ainsi pouvoir laisser une trace et pourquoi pas faire naître une vocation, comme lui-même s’en est découvert une il y a 25 ans, après avoir travaillé dix ans en tant que plombier chauffagiste. « Je prends ma retraite dans trois ans, et je ne pense pas que quelqu’un reprendra le flambeau. Pour se former je conseillerai à un jeune de faire comme moi: des CAP de plombier et chauffagiste pour avoir les bases puis d’apprendre le métier d’ornemaniste ». Car si le Massigien est autodidacte - « c’est un don » - maîtriser les différentes facettes de l’ornemaniste prend du temps : dessin technique, savoir sculpter (terre,cire, plâtre, plastiline), fabriquer les moules, avoir connaissance des métaux (mise en forme, température de fusion), fabriquer son propre outillage… Autrement dit, être passionné est indispensable, et c’est bien sûr le cas de Raymond Kneip qui ne prend pas de vacances, travaille la semaine pour son entreprise et le week-end à la préparation de son musée. BEAUCOUP DE TRAVAIL APRÈS LA TEMPÊTE DE 1999C’est grâce à cette passion que Raymond Kneip a obtenu, en 1989, le titre de Meilleur Ouvrier de France. Cette distinction, « une bonne carte de visite », lui a permis de travailler sur des rénovations dans toute la France, mais toujours depuis son atelier de Massiges, sa commune d’origine à laquelle il est particulièrement attaché. Une fidélité que l’on retrouve aussi au sein de son entreprise où ses deux employés travaillent pour lui depuis 31 et 23 ans. Au fil des ans, son activité ne faiblit pas, avec une centaine de commandes par an. Certains événements lui apportent encore plus de travail. C’est le cas avec l’incendie du château de Lunéville ou la tempête de 1999 où il a travaillé sur une dizaine de clochers. Suivant les cas, il répare les objets ou les recrée à partir de photos. «Mon objectif, c’est de pouvoir fabriquer ou réparer des ornements pour que les bâtiments historiques restent dans leur aspect original, ne pas succomber à la facilité et de les remplacer par des matériaux moins nobles ». Philippe Demoor
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